ORIGINE


Au départ, j'avais eu le désir de "représenter" un rêve ancien de forêt primitive .. l'image du premier rêve dont je me souvienne où je marchais au milieu de fleurs géantes.. la vision d'un petit passage dans un univers un peu étouffant, chemin au milieu de grosses plantes exotiques d'où la voix   accompagnatrice d'un guide  touristique divin m'informait que nous étions au Paradis.

A ce moment là, le Paradis ne concernait pas la rédemption de l'humanité  ni le repos abstrait dans lequel évoluaient  les "justes" après leur mort mais  se résumait d'abord à une géographie, à un lieu au-dessus duquel Dieu devait sans doute planer... enfin planer, on ne sait pas.. flotter, invisible et caché derrière les nuages?
 
Là, il ne s'agit pas de parler de  religion mais plutôt d'inventer  et de m'approprier cette géographie fantasmée par tant d'humains, en une série de dessins qui témoignent de manière complètement libre et détachée de la nature de ce concept... Dans un état d'esprit aussi flottant et irrationnel que le mystère ou l'imposture qui l'avait fait naître..
Dessiner une jungle vierge et silencieuse,  une friche sans histoire comme savent l'être avec subtilité certains paysages dépourvu de présence humaine, c'est une façon de revisiter l'origine du monde et de créer l'imagerie singulière d'une sorte de pré-histoire fantastique.

Les nuages et les fumées font partie intégrante de cet imaginaire derrière lequel Dieu joue à cache-cache. J'ai une sorte d'attendrissement pour l'imagerie kitsch, les illustrations  et les peintures religieuses, où avec autant de naïveté ( ou de perversité?) les "nuées" habillent l'insaisissable et tentent de camoufler  le vide, l'absence et l'impossibilité de percer le mystère obscur de la vie....

Une trame à l'encre de chine sert  à évoquer cette impression d'opacité, de paysages bouchés par un ciel très lourd, théâtralise et temporalise le décor, dramatisant l'image...et rappelle aussi de vieilles gravures grises. 
Le nombre et la densité variable des traits, le temps passé à dessiner minutieusement me donnent le sentiment d'éprouver le dessin dans une version  à la fois jouissive, ancestrale et aliénante..
Comme s'il était une entité mythologique, ce "Paradis" sorti de son contexte le plus rationnel, flotte, doué de pouvoir et vivant , il se divise ici pour se retrouver là, trompe la profondeur, crée des erreurs, et devient monstrueux... à l'instar  d'un personnage fantastique que je n'ai plus l'audace de maîtriser.
Ainsi le minéral  se cambre parfois dans des postures organiques et le végétal,  sous ses airs d'herbier naturaliste jeté à tout vent, se perd dans l'écriture automatique d'un brouillard graphique à l'aspect daté ...


Le dessin ci-dessus, intitulé "L'île" a fait l'objet d'un tirage spécial sérigraphié à 50 exemplaires à  l'Association Les Mains Sales à Angoulême (Sept 2012), contacter les businessmens pour en acquérir un exemplaire...
L'original, quand à lui, cherche plutot un lieu d'exposition...